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Manning, Preston

Parti réformiste du Canada     de LEC Standard

Le Reform Party of Canada (RP) est un parti politique de l'Ouest du Canada né d'une coalition de groupes d'intérêts mécontents. Cette coalition apparaît en 1986, dans une tentative de faire entendre la voix des préoccupations de l'Ouest à l'échelle du pays. En 1987, cependant, la Reform Association of Canada réclame un parti ayant de larges assises, qui serait le porte-parole des préoccupations économiques et constitutionnelles de l'Ouest. Ce parti est officiellement fondé à Winnipeg à l'automne 1987, avec comme chef Preston MANNING, le fils de l'ancien premier ministre albertain du CRÉDIT SOCIAL, E.C. MANNING.

La plate-forme du parti comprend les panacées traditionnelles de réforme populiste des Prairies, comme le libre-échange et la démocratie directe (référendums, initiatives et rappels), et quelques propositions contemporaines, comme le Sénat Triple-E (égal, élu, efficace). Le Reform Party a cependant comme préoccupations principales la décentralisation et la réduction de la taille et des coûts de l'État, particulièrement par des coupures dans les dépenses sociales et les programmes culturels, dont ceux du bilinguisme et du biculturalisme, ainsi qu'une opposition farouche aux demandes d'un statut spécial pour le Québec dans la Confédération.

Le RP n'obtient aucun siège à l'élection fédérale de 1988, mais récolte un pourcentage encourageant des voix, surtout en Alberta. Sa crédibilité augmente en 1989 avec la victoire de Deborah Grey dans une élection fédérale partielle en Alberta et avec celle de Stanley Waters lors de la première élection d'un sénateur de l'Alberta. Sa popularité s'accroît encore dans les années 1990, lorsqu'il combat vigoureusement la taxe sur les produits et services (TPS) et les ACCORD DU LAC MEECH et de CHARLOTTETOWN. L'échec du référendum de l'automne 1992 sur ce dernier marque un record de l'appui à ce parti.

Le RP connaît ensuite une baisse de popularité, mais rebondit aux élections de 1993. Les désillusions engendrées par les partis traditionnels en général et par le Parti PROGRESSISTE-CONSERVATEUR en particulier lui font gagner 52 sièges, dont 22 sur 26 en Alberta, 24 sur 30 en Colombie-Britannique, quatre en Saskatchewan et un au Manitoba. Bien que Manning présente son parti comme une force nationale, celui-ci ne remporte qu'un seul siège en Ontario. Il devient donc une puissante voix régionale et représente le contrepoids de l'Ouest du Bloc Québécois indépendantiste qui, avec 54 sièges, devient l'opposition officielle.

Après les élections de 1993, le RP perd du terrain. Il peut certes mettre à son actif l'éveil de l'opinion publique aux problèmes du déficit et de la dette de l'État, mais on le critique souvent pour son incapacité à présenter des solutions de rechange ciblées et efficaces aux politiques du gouvernement libéral. Il est aussi affaibli par des querelles internes sur le leadership de Manning, la direction future du parti et les accusations persistantes visant son hostilité envers le Québec, ses positions extrémistes contre les minorités ethniques, les femmes et les homosexuels. Son image est encore émoussée par l'adoption de politiques fiscales conservatrices par le gouvernement libéral après 1993, la reprise de l'économie canadienne et la baisse de l'intérêt du public pour les questions constitutionnelles au lendemain du référendum québécois de 1995 sur la souveraineté.

Pourtant, aux élections fédérales de juin 1997, le RP remporte un succès étonnant qui en fait l'opposition officielle de Sa Majesté; il gagne en effet 60 des 301 sièges contre 155 au vainqueur, le PARTI LIBÉRAL. Comme aux élections précédentes, il récolte un appui considérable en Alberta et en Colombie-Britannique, y remportant respectivement 24 et 25 sièges. Il renforce aussi sa position dans les deux autres provinces des Prairies, récoltant huit sièges en Saskatchewan et trois au Manitoba. Par contre, il perd son seul siège gagné en Ontario aux élections de 1993. Son échec à trouver un appui en dehors des provinces de l'Ouest démontre le régionalisme croissant de la politique au Canada.

Durant son existence éphémère, le Reform Party exerce une influence non négligeable sur la scène politique du pays et joue un rôle national en tant qu'opposition officielle. Sa quête du pouvoir se heurte cependant à plusieurs obstacles. Tout d'abord, les élections de 1997 voient rebondir les conservateurs, qui remportent 20 sièges contre seulement deux en 1993. Les efforts de certains membres du RP pour la fusion des deux partis sont contrés par le Parti progressiste-conservateur, établi depuis longtemps, mais très affaibli. Faute d'une telle alliance, le vote de la droite canadienne restera divisé.

Ensuite, l'attrait du RP comme parti contestataire pâlit beaucoup. Avant de devenir l'opposition officielle, son chef, Preston Manning, répétait ne pas vouloir occuper la résidence officielle de Stornoway, qu'il décrivait comme un luxe inutile à la charge des contribuables canadiens. Après l'élection, il change pourtant d'avis en invoquant les pressions de ses partisans. Cette volte-face, combinée à l'acceptation par d'autres députés du RP des allocations gouvernementales «par kilomètre» précédemment dédaignées, ternit l'image du parti auprès de certains militants de la base.

Enfin, bien que sa base dans l'Ouest paraisse assurée, le RP ne réussit pas à percer dans le reste du pays.

Ces obstacles mènent, après 1997, à une série de rencontres et deux conventions majeures désignées pour créer une large coalition de conservateurs. La deuxième de ces conventions, en janvier 2000, voit la création d'un nouveau parti, l'ALLIANCE CANADIENNE. Par la suite, les membres du RP votèrent pour l'adoption de la constitution, des politiques et du nom du nouveau parti. Le Reform Party du Canada cessa d'exister en mars 2000.

Auteur TREVOR W. HARRISON