Commandites: Paul Martin mis en cause
Mise à jour le jeudi 22 avril 2004 à 22 h 31
.
L'ancien responsable du programme fédéral de commandites, Charles Guité, confirme que des instances politiques sont intervenues dans la gestion des programmes de publicité du gouvernement.
 
Charles Guité
En réponse à une question du député bloquiste Odina Desrochers, M. Guité a déclaré que le bureau du ministre des Finances de l'époque, Paul Martin, était intervenu à plusieurs reprises pour faire en sorte que certaines firmes de publicité soient inscrites sur la liste des agences pouvant obtenir des contrats. (Je le crois)

M. Guité, qui a mentionné l'agence Earnscliffe, a précisé qu'il n'avait pas parlé à M. Martin lui-même, mais à sa chef de cabinet, Terry O'Leary, qui lui aurait dit: «Paul préférerait» (Paul would prefer). «Who is Paul?» (Qui est Paul?), s'est interrogé à voix haute devant le comité M. Guité, qui a ajouté qu'il déposerait des documents démontrant l'ingérence du bureau du premier ministre actuel dans le processus.

L'ancien directeur du programme a aussi déclaré que le bureau du ministre Ralph Goodale était lui aussi intervenu en faveur de l'agence Earnscliffe. Pour M. Guité, le personnel d'un ministre ne devrait jamais contacter les fonctionnaires responsables de l'attribution de contrats.

Participation, mais non ingérence

Plus tôt dans son témoignage, M. Guité a indiqué que l'ancien ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, et le bureau du premier ministre Chrétien étaient intervenus dans le choix des événements qui devaient recevoir de l'argent du programme de commandites. Par contre, il a nié qu'il y ait eu ingérence de la part de ces dernières instances politiques dans le choix des agences de publicité qui servaient d'intermédiaires dans l'application du programme.

M. Guité a par ailleurs contredit Alfonso Gagliano, en affirmant qu'il rencontrait l'ancien ministre des Travaux publics en moyenne une fois par mois et jusqu'à une fois par semaine dans le cas de personnel de son bureau. Dans son témoignage, M. Gagliano a affirmé qu'il ne rencontrait Charles Guité que «3, 4 fois par année».

Haro sur le rapport Fraser
 
Le supposé comité des comptes publics
M. Guité a nié plusieurs des affirmations contenues dans le rapport de la vérificatrice générale.

Il a affirmé n'avoir jamais tenté, intentionnellement, de cacher la source de financement des activités de commandite, nié avoir bafoué les règles normales de gestion ou sélectionné des agences de publicité en faisant abstraction des directives établies par le Conseil du trésor.

M. Guité a déclaré que contrairement à ce qu'affirme la vérificatrice générale, tous les contrats étaient appuyés par des documents justificatifs. Il soutient que lorsqu'il a quitté la direction du programme, en août 1999, tous les documents pertinents étaient dans les dossiers. «Où sont-ils passés?» s'est interrogé le témoin. Enfin, il affirme qu'il est faux de dire que les agences ont empoché 100 millions de dollars sans effectuer de travail en contrepartie.

Règlements de compte

Dès le début de son témoignage, M. Guité s'en est pris au président du comité, John Williams, qui l'avait accusé de «lever le nez» sur le Parlement en refusant de témoigner au comité. M. Guité a affirmé qu'il n'avait jamais refusé de se présenter devant les députés et qu'à cause des commentaires de M. Williams, lui-même et sa femme s'étaient fait injurier par d'autres citoyens Canadiens, lors de leurs vacances en Arizona.

Dans ses réponses aux questions des députés, M. Guité a par ailleurs égratigné quelques anciens ministres et un de ses anciens employés, Alan Cutler, qui avait témoigné devant le comité.

 
Don Boudria (archives)
Il a contredit les anciens ministres des Travaux publics Doug Dingwall et Don Boudria, qui ont déjà déclaré ne pas le connaître.

Dans le cas de Don Boudria, le témoin a rappelé une bonne demi-douzaine d'événements auxquels il a assisté en compagnie de M. Boudria.

Pour ce qui est d'Alan Cutler, qui avait soutenu que Charles Guité ne respectait pas les règles et l'avait menacé de lui faire perdre son emploi, il a dit qu'il ne l'avait jamais menacé de lui faire perdre son emploi mais plutôt de «geler» ses promotions futures. M. Guité est allé plus loin en affirmant que M. Cutler était un employé à problèmes, laissant même entendre que ce dernier pouvait être responsable de la destruction ou de la disparition de documents.

La vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, a conclu dans son rapport que des firmes proches du Parti libéral avaient largement tiré profit du programme de commandites, ayant obtenu 100 millions de dollars en guise de commissions et d'honoraires, le plus souvent pour peu ou pas de travail du tout.

Le reportage de Patrice Roy, suivi d'une converse avec Patrice Roy et Daniel LessardExtrait vidéo

http://www.radio-canada.ca/url.asp?/nouvelles/Index/nouvelles/200404/22/013-GUITE2-COMITE-rb.shtml